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Événements culturels et expositions temporaires

 

Robert D.

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13 novembre 2020

Magnifique découverte

La 4e de couverture. Parfaite. Ni trop, ni trop peu. C'est le début de l'histoire, et rien de plus. On sait où on va, et avec qui on y va... Et vogue la galère.

Des paysages blancs et figés du solstice d'hiver... une vieille maison sur une île microscopique entourée d'une mer de glace une bonne partie de l'année... Un voyage hors du temps à travers les campagnes et les forêts enneigées de Suède...

Et puis, des personnages, pas simples, mais attachants et riches. Le narrateur d'abord, qui mène une vie quasi érémitique sur son île, Harriet, aimée et abandonnée il y a 40 ans et qui reparaît, Jannson, le facteur hypocondriaque, seul lien avec la terre et la civilisation, Louise, la belle jeune femme qui a choisi de vivre sans entraves, Agnès et sa grande capacité de résilience... Chacun portant son lourd fardeau qu'on découvre au fil des pages.

L'écriture est très belle, très fine, légère, précise, souvent poétique, toujours fluide. Un régal. On vit dans la lenteur, le calme, et pourtant les événements s'enchaînent rapidement, la tempête gronde en permanence dehors, et dedans les êtres.

Je connaissais Mankel comme auteur de romans policiers et "père" du fameux inspecteur Wallander. Je le découvre ici comme écrivain de l'intime. Un roman sublime. Pour moi.

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6 octobre 2020

Les Flammes et les Femmes

J'aime bien Stendhal et je suis un peu fan de Balzac. J'aime bien cette écriture, ces portraits minutieux de personnages, ces descriptions des caractères, des sentiments... Et puis cette langue, ses phrases élégantes, ses mots riches et précis... Bref, en un mot comme en cent, je prends beaucoup de plaisir à lire ces auteurs. C'est comme ça.

Et là, Gaëlle Nohant me rappelle tout ça. Il est des pages entières de ce roman où l'on se croirait chez Balzac. Il faut dire que l'histoire s'y prête...

L'histoire se situe à partir d'un fait réel. Nous sommes en 1897 et, le 4 mai de cette année a lieu la grande et mondaine vente du Bazar de la Charité à Paris. Là se retrouvent toutes les dames de la haute société pour récolter des fonds pour leurs bonnes œuvres. Pour y pavaner et s'y montrer aussi... Sur le coup des quatre heures de l'après-midi, à l'heure de la plus forte affluence, éclate un terrible incendie... Les journaux rapportent que plus de cent personnes, des femmes pour la plupart, y périssent dans des circonstances atroces... C'est la part des flammes...

Mais ce roman, c'est aussi quelque part la part des femmes, de nombreuses femmes, et parmi celles-ci de trois en particulier; la charismatique duchesse d'Alençon, petite sœur de Sissi, qui donne de sa vie sans compter pour aider les plus miséreux, la comtesse Violaine de Raezal, jeune et très jolie veuve et la jeune Constance d'Estingel, amoureuse de Lazlo de Nérac... mais qui rompt ses fiançailles pour se consacrer à Dieu.

Et voilà! À partir de là, un très grand roman, 19e siècle, avec ses mœurs, son ambiance, son Paris... merveilleusement documenté, aux rebondissements inattendus, où circulent les rumeurs, où rivalisent les journalistes, où les petites gens ont un cœur gros comme ça.

Écoutez, si vous ne l'avez pas encore lu, allez-y, vous vous ferez plaisir. Et même, soyons fous, si vous n'aimez pas le 19e siècle. Un journaliste a écrit ceci, qui me convient bien:

"Une langue d'une beauté parfaite, veloutée et élégante, des destins peu communs et l'exploration passionnante d'un monde oublié. Une fresque flamboyante."

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14 août 2020

Bien plus qu'un roman!

De ce livre, James Ellroy a écrit: "Le plus grand roman sur la drogue jamais écrit. Une vision grandiose de l'Enfer et de toutes les folies qui le bordent."

Années 1980-1990. Le Mexique est la plaque tournante du commerce de la drogue entre les pays producteurs d'Amérique du Sud et les États-Unis. C'est dans ce contexte que s'engage une guerre sans merci entre Art Keller, un flic américain obsédé par la lutte contre le trafic de drogue, et tout aussi obsédé par la vengeance de la mort sous la torture de son adjoint et ami, et la famille Barrera, Adan le gestionnaire et Raul le tortionnaire, qui règne sans partage et par la terreur sur les cartels de narcotrafiquants.

C'est un roman d'une richesse indescriptible où tout se mêle sans jamais nous perdre. Situation géopolitique États-Unis- petits pays d'Amérique Centrale et Mexique, polices et justices corrompues jusqu'à l'os, États corrompus, guerres des gangs, ventes d'armes… Petits voyous qui s'élèvent dans "l'échelle sociale" des cartels à coups de meurtres froids… Plato o plomo… Tous, à tous les niveaux de la société mexicaine, ont le choix de collaborer ou non avec les narcotrafiquants… L'argent ou le plomb! Et, bien sûr, les compromissions en série, les traques interminables, les machinations infernales, les mensonges aux conséquences épouvantables, les meurtres, les tueries…

Tout est tellement documenté ici, tellement vrai, jusqu'au terrible tremblement de terre de Mexico du 19 septembre 1985 et ses conséquences, qu'on y croit de toutes nos forces. Don Winslow n'aurait fait que raconter des événements qui se sont déroulés?!

Terrifiant! Il n'est qu'à lire les quatre pages du prologue pour se décider: je continue ou j'arrête là? Si je peux me permettre... Si vous voulez découvrir un chef-d'oeuvre, alors continuez.

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3 juillet 2020

UN VRAI RÉGAL! QUE DU BONHEUR, ce livre!

LE HÉROS DISCRET MARIO VARGAS LLOSA 2015 487 pages
Un pays: le Pérou, pays natal de l'auteur, et sa société où se développent, avec l'économie, la corruption et le crime… Ses villes, ses traditions, en filigrane son histoire, sa culture… sa cuisine…
Deux villes. La capitale, Lima et, à près de 1000 kilomètres de là, tout au nord du pays, Piura…
Deux histoires: celle d'Ismael à Lima. Octogénaire et veuf. Dirigeant d'une puissante compagnie d'assurance, il se retrouve hospitalisé en mauvaise posture, pas bien loin de passer de vie à trépas. Pourtant, encore bien conscient, il entend distinctement ses deux vauriens de fils venant le voir, ou plutôt voir où il en était, dire qu'ils n'attendent rien d'autre que la mort de leur père pour empocher le pactole… Pas de chance, il n'en faut pas plus pour booster le mourant qui, finalement s'en sort… et épouse sa bonne, Armida… Don Rigoberto, son bras droit et ami, est son témoin de mariage… Mais les hyènes, c'est de cette façon que sont surnommés les fils, Miki et Escobita, ne l'entendent pas de cette oreille.
Et celle de Felicito à Piura. Personnage petit, insignifiant, invisible, il dirige une société de transport qu'il a créée, à force de travail… et encore de travail. Il a une femme, Gertrudis, et deux fils, Miguel et Tiburcio… Mais aussi une maîtresse, Mabel, qu'il rencontre une ou deux fois par semaine… Tout va plutôt bien pour lui, jusqu'au jour où il reçoit une première lettre de menace lui réclamant une rançon. Mais le petit homme se remémore les paroles de son père lui intimant de ne jamais se soumettre, de ne jamais se laisser marcher sur les pieds. Il décide de ne pas payer… et va faire sa déclaration à la police.
Voilà. On se régale. C'est bien écrit, simplement, ça coule, c'est facile… Certaines situations semblent graves, d'autres légères, d'autres encore cocasses… Et jusqu'aux dialogues qui apparaissent parfois un peu décalés. Tout ce qu'il y a de jubilatoire. Je le répète, un vrai régal pour le lecteur.
Ah! Au fait, Mario Vargas Llosa a obtenu le Nobel en 2010.

Le Livre de poche

9,20
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15 juin 2020

Underground railroad

UN SUPERBE ROMAN! Souvent inconfortable, peut-être même parfois insupportable, irrespirable, mais… indispensable, incontournable, lu en un temps où aux États-Unis un policier blanc assassinait un énième homme noir.

Underground Railroad, "le chemin de fer clandestin", ne possède ni gares, ni rails, ni quais, ni trains, ni chefs de gare… Il s'agit en fait d'un réseau de routes et chemins, doublé d'une organisation d'hommes et de femmes qui, durant le 19e siècle, ont activement aidé des esclaves venus d'Afrique à s'enfuir… Suivant les États, ces blancs, qui croyaient en un monde plus juste, risquaient leur vie à tout moment, lynchage ou pendaison assurés en cas de dénonciation.

Arnold Ridgeway est un fils de forgeron. À 18 ans, il devient chasseur d'esclaves. Impitoyable monstre de cruauté, il est considéré comme infaillible et sème la terreur autant parmi les esclaves que parmi ceux qui les aident, depuis la Géorgie jusqu'à New York.

Cora a 16 ans. Esclave dans une immense plantation de coton de Géorgie, elle a été abandonnée par sa mère qui a réussi à s'enfuir. Battue, fouettée plus souvent qu'à son tour, violée, affamée, elle accepte un beau jour de suivre un jeune garçon, Caesar, esclave comme elle, dans une fuite désespérée.. Après quelques jours d'une course folle et épuisante dans les marais pour s'éloigner le plus vite possible de la plantation, - s'ils étaient repris, ils seraient torturés puis mis à mort - , ils trouvent leur première "gare" et rencontrent leur premier "chef de gare".

C'est un roman fort où la peur est bien présente, où même les périodes calmes et tranquilles laissent traîner un sentiment d'inquiétude. Un roman qui nous rappelle toutefois que… à une époque pas si lointaine, des hommes achetaient d'autres hommes, les possédaient comme on possède une marchandise, les utilisaient, les vendaient, les supprimaient quand ils n'en avaient plus besoin. Un sacré bouquin.

Une citation du livre:
"Et l’Amérique est également une illusion, la plus grande de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De tuer les Indiens. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant nous sommes là."